Editorial 2020-10-30T08:57:46+00:00

      Editorial

Fratelli tutti (Tous frères)

Le pape François a livré, à Assise, une encyclique à la tonalité très franciscaine.

1 – Dans la lignée de l’encyclique précédente, Laudato si, le texte se veut volontiers politique et social, s’adressant à tous au-delà des sphères de l’Église. Une critique sévère est adressée au libéralisme mondial qui a pour effet d’établir un monde fermé et sans projet, le laissant au pouvoir de la rentabilité, appauvrissant les solidarités, cultivant la violence. Un coup d’œil à la devise française veut montrer que les valeurs établies sont appauvries, voire inversées. En effet, la liberté sans fraternité engendre la solitude et un individualisme asservissant ; une égalité abstraite exclut les dissemblances. Réapprenons donc la fraternité qui n’est pas une addition d’individualismes mais, au contraire, une école de dialogue et de réciprocité entre les individus, les cultures, les races et les nations, devenant ainsi une source d’enrichissement. Le propos du pape ne manque pas déjà de critiques sévères : il est tour à tour qualifié de naïf, de politiquement peu correct (classé à l’extrême gauche par les tenants du libéralisme pur) ; on l’accuse de rejoindre, par certains aspects, les penseurs de « l’état profond » (une hiérarchie parallèle qui détiendrait secrètement le pouvoir décisionnel, manipulant l’État de droit). Fidèle à lui-même, le pape François dénonce le mauvais traitement des migrants qui interpelle une société devenue fermée, indigne et injuste (ch.2). Et lorsque, inspiré par le saint d’Assise, il se dit en accord d’analyse avec l’Imam Ahmed Al Tayyeb (université du Caire), cela peut paraître faire écho au discours présidentiel sur l’islam radical.

2 – Sa réflexion vise à redonner « un mode de vie au goût de l’Évangile », comme le saint d’Assise libéré « de tout désir de domination sur les autres », désirant vivre en paix avec tous. Il s’agit de réagir par un nouveau rêve de fraternité et d’amitié sociale. Face à une culture qui fédère le monde et divise les personnes, il est urgent de trouver une culture nouvelle, bienveillante, un pouvoir international plus approprié à la personne. Il s’agit de gérer et penser un monde ouvert sur la valeur unique de l’amour et la vérité (ch3).

3 – Le pape lance un vibrant appel, comme dans l’Évangile (Mt22, 1-14), à convier à la noce tous ceux qui sont délaissés sur les chemins et à venir prendre la place de ceux qui ont décliné l’invitation : appel pour les chrétiens à l’unité, appel pressant à ce que Jésus Christ soit de nouveau présent dans les maisons, sur les places publiques… ; appel aux chefs religieux à s’opposer au terrorisme et à promouvoir la Paix. La figure de Charles DE FOUCAULT, le frère devenu universel, en s’identifiant au dernier, conclut ce plaidoyer pour la fraternité.

Abbé Yvon